L'Italie a renouvelé son marché blanc jusqu'en 2030
L'Italie fait partie des rares pays européens à avoir bâti, comme la France, un véritable marché de certificats d'économies d'énergie. Son dispositif s'appelle les Certificati Bianchi, ou titres d'efficacité énergétique (TEE).
Le ministère italien de l'Environnement et de la Sécurité énergétique (MASE) a mis à jour ses règles par un décret du 21 juillet 2025. Ce texte, publié à la Gazzetta Ufficiale n° 211 du 11 septembre 2025, fixe les objectifs et les obligations nationales d'économies d'énergie pour la période 2025-2030. Le décret du 21 juillet 2025 est diffusé par le GSE, l'opérateur public qui gère le dispositif.
Selon la page du MASE, un guide opérationnel des Certificati Bianchi a ensuite été approuvé par décret directorial du 28 juillet 2026. Le cadre italien est donc complet pour la période en cours : objectifs, règles d'accès et mode d'emploi.
Pour IHD, qui suit les obligations d'économies d'énergie de plusieurs pays, l'Italie est le point de comparaison le plus proche des CEE français. Notre panorama des obligations d'économies d'énergie en Europe situe ce dispositif parmi les autres modèles européens.
Comment fonctionnent les Certificati Bianchi
Un Certificato Bianco est un document qui atteste une économie d'énergie reconnue. Le décret du 21 juillet 2025 fixe sa dimension commerciale à une tonne équivalent pétrole (tep) : un titre vaut une tep économisée.
Trois organismes publics se partagent le dispositif italien :
| Organisme | Rôle selon le décret du 21 juillet 2025 |
|---|---|
| GSE (Gestore dei Servizi Energetici) | Évalue les projets et certifie les économies d'énergie |
| GME (Gestore dei Mercati Energetici) | Émet les titres et organise leur marché |
| ARERA (autorité de régulation de l'énergie) | Fixe la couverture des coûts des obligés et les sanctions |
Le GME émet les titres pour un volume correspondant aux économies vérifiées et certifiées par le GSE. Les titres s'échangent ensuite librement, de gré à gré entre les parties ou sur le marché organisé par le GME.
Qui porte l'obligation
Le décret italien fait peser l'obligation sur les gestionnaires de réseaux de distribution. Sont obligés les distributeurs d'électricité et les distributeurs de gaz naturel qui comptent plus de 50 000 clients finals raccordés à leur réseau. Ce seuil s'apprécie au 31 décembre de la deuxième année précédant l'année d'obligation.
Chaque obligé remet ses titres avant le 31 mai de l'année qui suit l'année d'obligation. Le décret lui permet de ne couvrir que 60 % de son obligation dans l'année, à condition de compenser le solde au cours des deux années suivantes.
Des obligations en forte hausse jusqu'en 2030
Le décret du 21 juillet 2025 fixe des obligations annuelles croissantes, exprimées en millions de titres :
| Année | Distributeurs d'électricité | Distributeurs de gaz naturel |
|---|---|---|
| 2025 | 0,8556 | 0,5244 |
| 2026 | 1,0416 | 0,6384 |
| 2027 | 1,2276 | 0,7524 |
| 2028 | 1,4136 | 0,8664 |
| 2029 | 1,5996 | 0,9804 |
| 2030 | 1,7918 | 1,0982 |
L'obligation des distributeurs d'électricité fait plus que doubler entre 2025 et 2030, de 0,8556 à 1,7918 million de titres. Le décret prévoit qu'un nouveau décret ministériel fixera, avant le 31 décembre 2030, les objectifs des années suivantes.
Qui peut présenter un projet
Les titres naissent de projets présentés au GSE. Le décret du 21 juillet 2025 ouvre cette possibilité aux distributeurs, obligés ou non, et à des entités publiques ou privées qualifiées. Ces entités doivent, pendant toute la durée de vie utile du projet, détenir une certification de société de services énergétiques, avoir nommé un expert en gestion de l'énergie certifié, ou disposer d'un système de management de l'énergie certifié.
Le décret distingue les projets évalués sur mesure réelle des économies et les projets standardisés. Le GSE communique le résultat de l'évaluation technique dans un délai de quatre-vingt-dix jours après réception de la demande.
Prix, volumes et résultats du marché italien
Le marché italien des titres est liquide et ses prix sont publics. Selon le rapport annuel 2025 du GME, publié le 30 janvier 2026, le prix moyen sur le marché organisé s'est établi à 247,80 euros par tep en 2025, en baisse de 0,3 % sur un an.
Le même rapport chiffre à 1,78 million de tep les titres échangés sur le marché organisé en 2025, et à 1,13 million de tep les échanges bilatéraux. Le prix moyen des échanges bilatéraux s'est établi à 222,29 euros par tep.
À la session du 6 octobre 2026, le GME a relevé un prix moyen pondéré de 252,91 euros par tep, pour 76 315 titres échangés.
Une contribution tarifaire qui couvre le coût des obligés
Les distributeurs ne financent pas l'obligation sur leurs propres marges : le décret prévoit la couverture de leurs coûts par les tarifs de transport et de distribution d'électricité et de gaz. L'ARERA en fixe les modalités, avec une valeur maximale de reconnaissance.
Selon la délibération 245/2026 de l'ARERA du 9 juillet 2026, la contribution est égale à 250 euros par titre, diminués de 90 % de l'écart entre 250 euros et le prix moyen des échanges. Elle est plafonnée à 250 euros par titre. Pour l'année d'obligation 2025, l'ARERA l'a fixée à 248,42 euros par titre.
Un filet de sécurité : les titres « virtuels »
Le décret du 21 juillet 2025 prévoit un mécanisme de soupape. À partir du 15 mai de chaque année, le GSE peut émettre à la demande des obligés des titres qui ne proviennent d'aucun projet, à une valeur unitaire de 10 euros.
Ces titres virtuels ne sont accessibles qu'à un obligé qui détient déjà une part minimale de son obligation : 40 % pour 2025, 50 % pour 2026, puis 10 points de plus chaque année jusqu'à 80 % pour 2029.
Les résultats publiés par le GSE
Le GSE a publié son rapport annuel 2025 le 9 février 2026. Les instructions favorables de l'année ont conduit à reconnaître 787 629 titres, soit environ 0,45 million de tep d'économies. Le GSE a évalué 341 projets, dont 94 % avec un résultat positif.
Certificati Bianchi, CEE et CAE : la comparaison
La France, l'Espagne et l'Italie ont toutes trois choisi un mécanisme de certificats échangeables. Leurs architectures divergent pourtant sur des points décisifs pour un porteur de projet.
| Critère | Italie — Certificati Bianchi | France — CEE | Espagne — CAE |
|---|---|---|---|
| Texte de référence | Décret MASE du 21 juillet 2025 | Loi POPE du 13 juillet 2005, code de l'énergie | Real Decreto 36/2023 du 24 janvier 2023 |
| Unité | 1 titre = 1 tep économisée | 1 CEE = 1 kWh cumac d'énergie finale | 1 CAE = 1 kWh d'économie annuelle d'énergie finale |
| Obligés | Distributeurs d'électricité et de gaz de plus de 50 000 clients | Fournisseurs d'énergie, carburants compris | Commercialisateurs de gaz et d'électricité, opérateurs pétroliers et de GPL en gros |
| Intermédiaire | Entités certifiées qui présentent les projets | Délégataire, traité comme un obligé | Sujeto delegado accrédité, qui n'assume jamais l'obligation |
| Prix | Publié par session sur le marché du GME | Prix moyen publié sur le registre Emmy | Négocié, face à une équivalence financière de 2,31 M€ par ktep en 2026 |
Selon la page du ministère français de la Transition écologique, les CEE ont été créés par la loi POPE du 13 juillet 2005. Ils imposent une obligation aux fournisseurs d'énergie et se comptent en kWh cumac, c'est-à-dire cumulés et actualisés sur la durée de vie de l'action.
En Espagne, le Real Decreto 36/2023 définit le CAE comme un document électronique qui atteste une économie annuelle d'énergie finale d'un kWh. Selon l'Orden TED/133/2026, le recours aux CAE est volontaire pour le sujeto obligado, qui doit verser au moins 8 % de son obligation 2026 au fonds national d'efficacité énergétique.
Trois différences ressortent de cette comparaison.
- L'obligé n'est pas le même. En Italie, l'obligation pèse sur les distributeurs de réseau ; en France et en Espagne, sur les fournisseurs et commercialisateurs.
- Le coût est encadré différemment. L'Italie rembourse les obligés par une contribution tarifaire plafonnée à 250 euros par titre ; la France et l'Espagne laissent le prix au marché et aux contrats.
- L'accès au marché passe par une qualification. En Italie, seul un porteur certifié peut présenter un projet ; en France, un délégataire agit comme un obligé ; en Espagne, le sujeto delegado doit être accrédité.
Nos guides détaillés sur les certificats d'économies d'énergie et sur les CAE espagnols approfondissent les deux autres dispositifs.
Ce que ça change pour vous
Pour un industriel présent en Italie
Un site industriel italien qui investit dans l'efficacité énergétique peut faire valoriser ses économies en titres, à condition de passer par un porteur de projet qualifié au sens du décret. Le prix public du marché du GME donne une référence transparente pour négocier cette valorisation.
Pour un groupe multi-sites en Europe
Un même investissement ne se valorise pas de la même façon en France, en Espagne et en Italie. L'unité de compte, l'obligé et le circuit de validation changent d'un pays à l'autre. Un plan d'investissement multi-pays gagne à intégrer ces trois logiques dès la phase d'étude.
Pour une société de services énergétiques
Le marché italien reste ouvert aux acteurs qualifiés, et ses obligations font plus que doubler entre 2025 et 2030. La certification exigée pour présenter des projets est la véritable condition d'entrée. Elle se prépare en amont, avant tout premier dossier.
Ce que nous recommandons
Les Certificati Bianchi offrent un cadre stable jusqu'en 2030, un prix public et des obligations en hausse. Ce sont trois atouts pour un investisseur, à condition de respecter les exigences d'éligibilité et le calendrier du GSE.
IHD accompagne les maîtres d'ouvrage et les industriels dans la lecture comparée des dispositifs d'économies d'énergie européens, de la qualification du projet jusqu'à sa valorisation. Notre approche est indépendante et adossée aux textes officiels de chaque pays. Découvrez notre offre dédiée aux marchés internationaux, ou contactez-nous pour étudier un projet en Italie, en France ou en Espagne.




