IHD — International Horizon Development
Réglementation de l'énergie

Certificats d'économies d'énergie : le guide

Par International Horizon DevelopmentVérifié par Oussama TrikiPublié le 9 min de lecture

Partager l'article

Salle technique d'un bâtiment tertiaire à l'heure bleue : une chaufferie rénovée avec pompes à chaleur, réseaux calorifugés et compteurs d'énergie, devant une baie vitrée donnant sur la ville.

Le principe : une obligation imposée aux vendeurs d'énergie

Le dispositif des certificats d'économies d'énergie (CEE) est l'un des principaux instruments français de maîtrise de la demande d'énergie. Il a été créé par les articles 14 à 17 de la loi n° 2005-781 du 13 juillet 2005, dite loi POPE. Ses règles figurent aujourd'hui aux articles L. 221-1 et suivants du code de l'énergie.

Le mécanisme repose sur une obligation. Les pouvoirs publics imposent aux fournisseurs d'énergie, appelés « obligés », de réaliser un volume d'économies d'énergie sur une période donnée. Pour s'en acquitter, un obligé doit détenir, en fin de période, un volume de certificats égal à son obligation. À défaut, il verse une pénalité libératoire pour chaque kWh cumac manquant.

Les obligés ont donc intérêt à promouvoir l'efficacité énergétique auprès des consommateurs : ménages, collectivités, entreprises du tertiaire, industriels, exploitants agricoles, transporteurs. Selon la page de la DGEC consacrée au dispositif, les actions peuvent être menées dans tous les secteurs d'activité, sur le patrimoine de l'acteur lui-même ou chez des tiers qu'il a incités à agir.

Un obligé dispose de trois façons d'obtenir des certificats :

  • Réaliser ou inciter des opérations d'économies d'énergie, puis demander les certificats correspondants ;
  • Acheter des certificats à d'autres acteurs qui en détiennent ;
  • Contribuer financièrement à des programmes d'accompagnement agréés par l'État.

Le certificat et son unité, le kWh cumac

Un certificat d'économies d'énergie correspond à 1 kWh cumac d'énergie finale. Le terme « cumac » contracte « cumulés » et « actualisés ». Le volume d'une opération additionne les économies annuelles sur toute la durée de vie de l'équipement. Chaque année suivant la première, l'économie est divisée par 1,04 par rapport à l'année précédente : le taux d'actualisation réglementaire est de 4 %.

Cette convention explique pourquoi les volumes de CEE paraissent élevés au regard de la consommation annuelle d'un bâtiment. Un kWh cumac n'est pas un kWh économisé en une année : c'est une économie cumulée sur la durée de vie conventionnelle de l'opération.

Les certificats délivrés sont inscrits sur un compte individuel du registre national des CEE, accessible sur le site Emmy. Ce registre enregistre aussi les transactions et publie une information régulière sur le prix moyen d'échange. Depuis la loi n° 2019-1147 du 8 novembre 2019 relative à l'énergie et au climat, les prix moyens d'acquisition et de vente sont rendus publics chaque mois.

Les acteurs du dispositif

Le dispositif fait intervenir plusieurs acteurs aux rôles distincts. Les confondre est une source fréquente de malentendus dans un projet.

ActeurRôle dans le dispositif
ObligéVendeur d'énergie soumis à une obligation d'économies d'énergie au-delà d'un seuil de ventes
DélégataireTiers qui reçoit tout ou partie de l'obligation d'un obligé et devient obligé à son tour
Éligible non obligéActeur qui peut obtenir des certificats sans être soumis à une obligation, et les revendre
BénéficiaireMénage, entreprise ou collectivité chez qui l'opération est réalisée
ProfessionnelEntreprise qui réalise les travaux ou installe l'équipement
PNCEEPôle national des CEE : instruit les demandes, contrôle et sanctionne
Registre EmmyRegistre national où les certificats sont inscrits et échangés

Un obligé est un vendeur d'énergie dont les ventes dépassent un seuil fixé par le code de l'énergie. Sont concernés l'électricité, le gaz naturel, la chaleur et le froid, le fioul domestique, le gaz de pétrole liquéfié et les carburants pour automobiles.

Un délégataire est une personne à qui un obligé confie tout ou partie de son obligation. Le code de l'énergie encadre strictement cette délégation : contrat écrit, volume minimal pour une délégation partielle, exigences de solidité imposées au délégataire. La DGEC publie la liste des délégataires de la sixième période.

Le Pôle national des certificats d'économies d'énergie (PNCEE) vérifie l'éligibilité des opérations qui donnent lieu à délivrance. En cas de manquement, des sanctions peuvent être prononcées. Depuis la loi relative à l'énergie et au climat, la sanction pécuniaire peut atteindre 4 % du chiffre d'affaires hors taxes du dernier exercice clos, et 6 % en cas de récidive sur la même obligation.

La sixième période : 2026-2030

Le dispositif fonctionne par périodes successives, chacune avec son propre niveau d'obligation. La sixième période s'étend du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2030. Elle est fixée par le décret n° 2025-1048 du 30 octobre 2025.

Selon la note de calcul de la DGEC qui accompagne ce décret, l'obligation totale atteint 5 250 TWh cumac sur cinq ans, soit 1 050 TWh cumac par an.

Obligation de la sixième périodeSur 2026-2030Par an
Hors précarité énergétique3 850 TWh cumac770 TWh cumac
Au bénéfice des ménages en précarité énergétique1 400 TWh cumac280 TWh cumac
Total5 250 TWh cumac1 050 TWh cumac

L'obligation « précarité énergétique » est une obligation distincte, créée en 2015 par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Pour la sixième période, elle est égale à l'obligation classique multipliée par un coefficient de 0,364. La DGEC précise que ce volume correspond à la moyenne annuelle de l'obligation « précarité » de la cinquième période.

La répartition de l'effort entre énergies se fonde sur les volumes vendus entre 2021 et 2023. Selon la même note, les carburants pour automobiles représentent 44,76 % de l'assiette, l'électricité 28,49 % et le gaz naturel 18,72 %. Le fioul domestique, la chaleur et le froid et le GPL se partagent le reste.

Trois voies pour obtenir des certificats

Les opérations standardisées

Les opérations les plus fréquentes font l'objet de fiches d'opérations standardisées, publiées par arrêté après avis du Conseil supérieur de l'énergie. Une fiche d'opération standardisée est un forfait : elle fixe, pour une opération type, les conditions d'éligibilité et le volume de certificats délivré, exprimé en kWh cumac.

Les fiches sont réunies dans l'arrêté du 22 décembre 2014, qui les classe en six annexes sectorielles : agriculture, résidentiel, tertiaire, industrie, réseaux et transport. Leur code reprend ce classement : BAR pour le résidentiel, BAT pour le tertiaire, IND pour l'industrie, AGRI pour l'agriculture, TRA pour le transport. Selon la page de la DGEC sur les opérations standardisées, mise à jour le 24 septembre 2026, le catalogue comporte 221 fiches.

Chaque fiche comporte un cadre de description de l'opération, la « partie A », repris dans l'attestation sur l'honneur signée par le bénéficiaire et le professionnel. Une même fiche sert aussi bien pour les CEE classiques que pour les CEE précarité énergétique.

Les opérations spécifiques

Les économies réalisées en dehors des fiches standardisées relèvent des opérations spécifiques. Leur volume n'est pas forfaitaire : il se calcule et se justifie pour chaque projet, par rapport à une situation de référence. Cette voie sert notamment aux projets industriels, dont les procédés sont trop variés pour entrer dans une fiche.

Les programmes d'accompagnement

Un obligé peut enfin obtenir des certificats en contribuant financièrement à des programmes validés par l'administration : information, formation, innovation, lutte contre la précarité énergétique. Chaque programme est créé par arrêté.

Un catalogue qui évolue vite

Le catalogue des fiches n'est pas figé. L'État révise les fiches pour suivre les technologies et le marché, en crée de nouvelles et en supprime. Une opération d'économies d'énergie qui conduit à une hausse des émissions de gaz à effet de serre ne peut pas, depuis 2019, donner lieu à des certificats.

Deux décisions récentes illustrent ce mouvement. L'arrêté du 18 septembre 2026, publié au Journal officiel le 23 septembre 2026, a supprimé deux fiches : TRA-SE-104, relative aux stations de gonflage des pneumatiques, et AGRI-EQ-110, relative au séchage solaire des produits agricoles et forestiers par panneaux solaires hybrides. Selon le flash info de la DGEC du 23 septembre 2026, les demandeurs devaient transmettre la liste de leurs opérations engagées et non encore déposées d'ici le 3 octobre 2026.

En parallèle, un projet d'arrêté soumis à la consultation du public jusqu'au 12 octobre 2026 prévoit la suppression de 27 autres fiches. Nous en avons détaillé le contenu dans notre décryptage du projet de suppression de fiches CEE.

Une règle protège les projets en cours : c'est la date d'engagement de l'opération qui détermine la version de fiche applicable. Lors d'une suppression, les opérations déjà engagées restent éligibles si elles sont recensées dans les formes et délais prévus par l'arrêté.

Contrôles et qualité des dossiers

Le dispositif a nettement renforcé ses contrôles depuis 2019. La loi relative à l'énergie et au climat impose aux demandeurs de justifier de contrôles réalisés à leurs frais sur certaines opérations. L'arrêté du 28 septembre 2021, plusieurs fois modifié, en fixe les modalités. Si un contrôle de l'État révèle un taux de manquement supérieur à 10 % du volume contrôlé, le demandeur peut être tenu de faire vérifier d'autres opérations par un organisme d'inspection accrédité.

Le délai pendant lequel des faits peuvent être poursuivis est passé de trois à six ans. Un dossier CEE doit donc rester solide longtemps après la délivrance des certificats.

Ce que ça change pour vous

Pour un maître d'ouvrage, un bailleur ou une collectivité

Les CEE peuvent financer une part significative de travaux d'efficacité énergétique : isolation, chauffage, régulation, éclairage, ventilation. Le demandeur de certificats doit toutefois prouver son rôle actif et incitatif antérieur. Selon l'arrêté du 4 septembre 2014, son engagement écrit est envoyé au bénéficiaire avant la date d'engagement de l'opération. Pour une personne physique ou un syndicat de copropriétaires, ce délai va jusqu'à quatorze jours après l'engagement, et toujours avant le début des travaux.

Pour un industriel ou un exploitant agricole

Les fiches IND et AGRI couvrent de nombreux équipements de procédé et d'utilités. Au-delà, l'opération spécifique permet de valoriser un projet sur mesure. Le catalogue évolue toutefois rapidement : une fiche utilisée aujourd'hui peut être révisée ou supprimée avant l'engagement d'un projet futur.

Pour un installateur ou une entreprise de travaux

La conformité du dossier conditionne la valorisation : attestation sur l'honneur, partie A, qualification, pièces justificatives. Le renforcement des contrôles sur site rend chaque non-conformité plus coûteuse, pour le demandeur comme pour l'entreprise.

Pour un obligé ou un délégataire

La sixième période fixe un niveau d'obligation élevé, avec une part précarité maintenue à 280 TWh cumac par an. La qualité technique des dossiers devient un enjeu financier direct, du fait des contrôles et des sanctions.

Ce que nous recommandons

Un projet financé par les CEE se prépare avant de signer quoi que ce soit. Il faut identifier la fiche applicable et sa version en vigueur, vérifier que le rôle actif et incitatif sera établi à temps, et réunir des justifications techniques capables de résister à un contrôle.

C'est le métier d'IHD. Bureau d'études indépendant, nous accompagnons maîtres d'ouvrage, industriels et installateurs de l'étude technique jusqu'à la valorisation des certificats. Nous produisons des notes de dimensionnement rigoureuses, comme celles qu'exige le dimensionnement d'une pompe à chaleur collective, et nous suivons au jour le jour l'évolution du catalogue.

Pour découvrir notre démarche d'audit et d'ingénierie énergétique, ou pour faire étudier l'éligibilité d'un projet, contactez-nous.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un certificat d'économies d'énergie ?

Un certificat d'économies d'énergie correspond à 1 kWh cumac d'énergie finale économisé. Il est délivré par les services du ministère chargé de l'énergie pour une opération éligible, puis inscrit sur un compte du registre national tenu sur le site Emmy.

Que signifie kWh cumac ?

Cumac est la contraction de « cumulés » et « actualisés ». Le volume additionne les économies annuelles sur la durée de vie de l'équipement, chaque année étant divisée par 1,04 par rapport à la précédente, soit un taux d'actualisation de 4 %.

Qui est obligé de financer des économies d'énergie ?

Les vendeurs d'énergie dont les ventes dépassent des seuils fixés par le code de l'énergie : électricité, gaz naturel, chaleur et froid, fioul domestique, GPL et carburants pour automobiles. Selon la note de calcul de la DGEC, les carburants portent 44,76 % de l'assiette de la sixième période.

Quelle est l'obligation CEE de la sixième période ?

Le décret n° 2025-1048 du 30 octobre 2025 fixe une obligation de 5 250 TWh cumac sur 2026-2030, soit 1 050 TWh cumac par an. La part au bénéfice des ménages en précarité énergétique représente 280 TWh cumac par an.

Quelle différence entre opération standardisée et opération spécifique ?

Une opération standardisée suit une fiche publiée par arrêté, qui fixe ses conditions et un montant forfaitaire en kWh cumac. Une opération spécifique couvre les économies réalisées hors de ces fiches : son volume se justifie au cas par cas.

Une fiche CEE peut-elle disparaître en cours de projet ?

Oui. L'arrêté du 18 septembre 2026, publié au Journal officiel le 23 septembre 2026, a supprimé les fiches TRA-SE-104 et AGRI-EQ-110, avec un recensement des opérations engagées. La date d'engagement de l'opération détermine la version de fiche applicable.

Sources

Chaque fait de cet article renvoie à l'une de ces sources, consultées à la date indiquée.

  1. 01
    Dispositif des certificats d'économies d'énergie

    Ministère de la Transition écologique — DGEC — publié le

  2. 02
  3. 03
    Opérations standardisées d'économies d'énergie

    Ministère de la Transition écologique — DGEC — publié le

  4. 04
  5. 05
    Projet d'arrêté portant suppression de fiches d'opérations standardisées du dispositif des certificats d'économies d'énergie

    Ministère de la Transition écologique — consultations publiques — publié le

Votre opération est-elle concernée ?

Nous lisons le texte applicable à votre dossier, dans sa version en vigueur, avant tout dimensionnement.

Voir les six marchés analysés

Partager l'article

Article rédigé avec l'assistance d'une intelligence artificielle ; chaque fait a été contrôlé contre les sources citées, puis l'article a été relu et validé par Oussama Triki.

Bureau d'études au crépuscule, écran affichant des courbes de volumes et dossiers techniques empilés sur une table sombre

Réglementation de l'énergie

Statistiques CEE 2026 : dépôts et délivrances

Neuf mois de chiffres DGEC issus du registre EMMY : les dépôts CEE précarité ont doublé en 2026 et juin a battu un record de délivrance.

Lire l'article