L'obligation britannique d'économies d'énergie s'arrête
Le Royaume-Uni impose depuis plusieurs phases une obligation d'économies d'énergie à ses fournisseurs. Il tourne aujourd'hui la page : l'Energy Company Obligation (ECO) s'arrêtera avec la fin de sa phase en cours, ECO4.
Selon la page de l'Ofgem consacrée à l'ECO, ECO4 s'applique aux mesures installées depuis le 1er avril 2022 et court jusqu'au 31 décembre 2026, après une prolongation de neuf mois. Le régulateur britannique de l'énergie, l'Ofgem, administre le dispositif pour le compte du ministère de l'Énergie, le Department for Energy Security and Net Zero (DESNZ).
Le gouvernement a confirmé la fin du dispositif dans le Warm Homes Plan, son programme de rénovation des logements. L'effort passe à un financement public direct, porté par le budget de l'État.
Pour IHD, qui suit les obligations d'économies d'énergie de plusieurs pays, ce virage est un signal fort. Notre panorama des obligations d'économies d'énergie en Europe situe le Royaume-Uni parmi les autres dispositifs.
Comment fonctionnait l'ECO
L'ECO est un dispositif d'efficacité énergétique propre à la Grande-Bretagne, conçu pour lutter contre la précarité énergétique et réduire les émissions de carbone. L'Ofgem en retrace les phases successives, d'ECO1 à ECO3, avant l'actuelle ECO4, entrée en vigueur en juillet 2022.
Sous ECO4, l'obligation prend la forme de la Home Heating Cost Reduction Obligation (HHCRO). Elle pèse sur les fournisseurs d'énergie moyens et grands, qui doivent financer des travaux améliorant la capacité des ménages modestes, précaires ou vulnérables à chauffer leur logement : isolation, remplacement du système de chauffage.
| Acteur | Rôle dans ECO4, selon l'Ofgem |
|---|---|
| DESNZ (ministère) | Fixe la politique et la législation d'ECO4 |
| Ofgem (régulateur) | Calcule les obligations des fournisseurs, suit leurs résultats, audite les déclarations et lutte contre la fraude |
| Fournisseurs d'énergie moyens et grands | Portent l'obligation, répartie selon leur part du marché domestique du gaz et de l'électricité |
| TrustMark | Supervise la qualité technique des travaux et la protection des consommateurs |
Ce schéma est proche de celui des certificats d'économies d'énergie français : une obligation fixée par l'État, répartie entre fournisseurs selon leur poids sur le marché, et remplie en finançant des travaux chez les ménages. Notre guide des certificats d'économies d'énergie détaille le dispositif français.
Quatre phases en une décennie
Au fil des phases, l'ECO a resserré son objet. Selon l'historique publié par l'Ofgem, elle a commencé par viser à la fois les économies de carbone et la baisse des factures de chauffage des ménages modestes, avant de se concentrer sur ce seul second objectif.
| Phase | Période, selon l'Ofgem | Obligations et objectifs |
|---|---|---|
| ECO1 | Première phase | Trois obligations (CERO, CSCO, HHCRO) : 12,4 Mt de CO2 pour la CERO, 6 Mt de CO2 pour la CSCO et 3,7 milliards de livres pour la HHCRO |
| ECO2 | Du 1er avril 2015 au 31 mars 2017 | 19,7 Mt de CO2 pour la CERO, 6 Mt de CO2 pour la CSCO et 6,46 milliards de livres pour la HHCRO |
| ECO2t | Prolongation jusqu'au 30 septembre 2018 | 7,3 Mt de CO2 pour la CERO et 2,76 milliards de livres pour la HHCRO |
| ECO3 | Du 3 décembre 2018 au 31 mars 2022 | Une seule obligation, la HHCRO, avec un objectif de 8,253 milliards de livres d'économies |
| ECO4 | Mesures installées du 1er avril 2022 au 31 décembre 2026 | HHCRO, ciblée sur les ménages modestes, précaires et vulnérables |
Les trois sigles désignent trois obligations distinctes. La CERO, Carbon Emissions Reduction Obligation, portait sur la réduction des émissions de carbone. La CSCO, Carbon Saving Community Obligation, visait les économies de carbone à l'échelle des communautés, avec une sous-obligation réservée aux zones rurales. La HHCRO, Home Heating Cost Reduction Obligation, vise la baisse du coût du chauffage des ménages.
Sous ECO1, toujours selon l'Ofgem, les fournisseurs ont dépassé leurs objectifs : 18,33 Mt de CO2 au titre de la CERO, 9,87 Mt au titre de la CSCO et 5,16 milliards de livres au titre de la HHCRO. Ces résultats montrent qu'une obligation fournisseur sait produire du volume. C'est la qualité des travaux que le gouvernement britannique met en cause aujourd'hui, pas la capacité du dispositif à financer des chantiers.
Pourquoi le gouvernement y met fin
Le motif est écrit noir sur blanc. Dans le Warm Homes Plan, le gouvernement britannique explique avoir renforcé les règles de protection des consommateurs, et annonce la fin de l'ECO en des termes sans détour :
« the Energy Company Obligation (ECO), which was the source of the majority of poor-quality installations, will be coming to an end »
Le même document s'engage à travailler avec la filière pour que les malfaçons attribuées à l'ECO soient corrigées sans frais pour les ménages. L'Ofgem rappelle de son côté que le ministère a publié, le 23 janvier 2025, une déclaration sur des problèmes potentiels touchant des installations réalisées au titre de l'ECO et du Great British Insulation Scheme.
Le Warm Homes Plan : 15 milliards de livres publiques
Le Warm Homes Plan, mis à jour par le gouvernement le 18 mars 2026, prévoit 15 milliards de livres d'investissement public pour rénover jusqu'à 5 millions de logements et sortir jusqu'à un million de familles de la précarité énergétique d'ici 2030.
| Poste du Warm Homes Plan | Montant (millions de livres) |
|---|---|
| Subventions aux logements à faibles revenus | 4 422 |
| Boiler Upgrade Scheme | 2 687 |
| Réseaux de chaleur | 1 063 |
| Warm Homes Fund | 5 300 |
| dont prêts aux particuliers | 2 000 |
| dont ménages à faibles revenus | 600 |
| Autres programmes | 428 |
| Total, y compris les dotations des nations dévolues | 15 000 |
Selon le même tableau, 5 022 millions de livres sont destinés aux ménages à faibles revenus. Le plan prévoit d'abord de passer par deux programmes existants, le Warm Homes Social Housing Fund et le Warm Homes Local Grant, avant de les regrouper en un dispositif unique pour les ménages modestes.
Le gouvernement annonce aussi la création d'une Warm Homes Agency, chargée de coordonner et de superviser le déploiement de millions de rénovations. Elle reprendra des fonctions aujourd'hui dispersées entre plusieurs organismes.
Les autres leviers : subvention à la pompe à chaleur et obligation des bailleurs
Le Boiler Upgrade Scheme est la subvention britannique au remplacement d'une chaudière par une pompe à chaleur. Selon le communiqué du DESNZ du 26 juin 2026, son montant passe de 7 500 à 9 000 livres à compter du 21 juillet, soit une hausse de 20 %. La mesure vise en priorité les ménages chauffés au fioul en Angleterre et au pays de Galles, et 200 000 foyers éligibles ont reçu une information directe.
Le Warm Homes Plan ajoute une obligation de résultat pour le parc locatif privé. Les bailleurs devront porter leurs logements à la classe C du certificat de performance énergétique (EPC), selon deux indicateurs, d'ici octobre 2030, sauf exemption. Leurs dépenses seront plafonnées à 10 000 livres par logement, avec un coût moyen attendu d'environ la moitié.
Enfin, le plan rappelle le cadre de qualité des travaux financés par l'État. Les installateurs de mesures d'efficacité énergétique doivent être certifiés PAS 2030, les installations conformes à PAS 2035 et les entreprises enregistrées auprès de TrustMark. Pour les pompes à chaleur et le solaire, la certification MCS est exigée.
Ce que ça change pour vous
Pour un acteur français des CEE
Le Royaume-Uni montre qu'une obligation fournisseur peut être abandonnée quand la qualité des travaux n'est pas maîtrisée. Ce précédent rappelle que la conformité des dossiers conditionne la durée de vie même d'un dispositif.
Pour un fabricant ou un installateur qui vise le marché britannique
La demande ne passera plus par les fournisseurs d'énergie, mais par des programmes publics et par l'obligation faite aux bailleurs privés. L'accès à ces financements suppose les certifications britanniques : PAS 2030, PAS 2035, TrustMark et MCS.
Pour un bureau d'études
Les travaux financés par l'État britannique restent encadrés par PAS 2035. Dans ce processus, selon le Warm Homes Plan, le concepteur de la rénovation doit s'assurer que chaque produit choisi est adapté et conforme à la réglementation de la construction. Le travail d'étude ne disparaît pas avec l'ECO : il reste au cœur des financements publics.
Pour un bailleur ou un investisseur immobilier au Royaume-Uni
L'échéance d'octobre 2030 pour la classe C crée une demande de travaux indépendante de toute subvention. Le plafond de 10 000 livres par logement oblige à choisir les interventions les plus efficaces pour chaque bien.
Ce que nous recommandons
Suivre le calendrier de sortie. ECO4 s'arrête le 31 décembre 2026 : tout chantier encore financé par l'ECO doit être achevé dans ce délai.
Regarder les programmes publics plutôt que les fournisseurs. Le Warm Homes Plan, le Boiler Upgrade Scheme et l'obligation des bailleurs deviennent les vrais moteurs du marché britannique.
Tirer la leçon pour les dispositifs européens. La qualité des travaux et la rigueur des dossiers ne sont pas des détails administratifs : ce sont elles qui garantissent la pérennité d'un mécanisme de financement.
Notre bureau d'études suit les dispositifs d'économies d'énergie de plusieurs pays et accompagne les projets jusqu'à leur valorisation. Découvrez les marchés que nous suivons ou écrivez-nous pour examiner un projet.




