Pourquoi la chaleur s'accumule sous la toiture
Dans un local de grande hauteur chauffé, l'air chaud monte et s'accumule sous la toiture. Ce phénomène s'appelle la stratification. Les occupants travaillent près du sol, là où l'air est le plus froid, tandis que la chaleur la plus chaude stagne sous le plafond.
La conséquence est double. Le chauffage doit fonctionner davantage pour tenir la consigne au niveau des postes de travail. Et la chaleur accumulée en partie haute s'échappe plus facilement par la toiture.
Un déstratificateur d'air est un équipement qui homogénéise la température d'un local en ramenant cette chaleur vers le sol. Les fiches d'opérations standardisées des certificats d'économies d'énergie (CEE) le définissent précisément : il redistribue la chaleur située près du plafond ou du faîtage, sans apport de chaleur propre, et reste indépendant du système de chauffage.
Deux fiches financent cette opération, dans leur version A71-4 applicable depuis le 1er août 2025 :
| Fiche | Secteur | Intitulé |
|---|---|---|
| BAT-TH-142 | Bâtiment tertiaire existant | Système de déstratification d'air |
| IND-BA-110 | Bâtiment industriel existant | Déstratificateur ou brasseur d'air |
Les deux fiches s'appliquent aux opérations engagées avant le 1er août 2030. Leur durée de vie conventionnelle est de 15 ans.
Les locaux où la déstratification a du sens
La déstratification produit ses effets dans un volume haut, fermé et chauffé. Les fiches traduisent cette logique en conditions d'éligibilité.
Le local doit avoir une hauteur sous plafond ou sous faîtage d'au moins cinq mètres. Il doit être complètement clos. Il doit être chauffé par un système convectif, par un système radiatif, ou par les deux.
Les fiches donnent des exemples de chaque famille. Un système convectif chauffe l'air : centrale de traitement d'air, unité de toiture, aérotherme, générateur d'air chaud ou ventilo-convecteur. Un système radiatif chauffe les surfaces et les personnes : cassettes, tubes et panneaux radiants, ou planchers chauffants.
En pratique, les profils les plus concernés sont les ateliers de production, les halls industriels chauffés, les gymnases, les salles de sport, les surfaces commerciales de grande hauteur et certains halls d'accueil. L'éligibilité de chaque local se vérifie sur ses caractéristiques réelles : hauteur, usage, mode de chauffage et consigne de température.
Les exclusions à connaître avant tout projet
Trois exclusions écartent d'emblée certains locaux, dans les deux fiches.
| Exclusion | Ce que disent BAT-TH-142 et IND-BA-110 |
|---|---|
| Locaux de stockage | Les entrepôts logistiques, les réserves, les entrepôts et les locaux de stockage sont exclus |
| Locaux peu chauffés | Les locaux dont la consigne de chauffage en occupation est strictement inférieure à 15 °C sont exclus |
| Brasseurs plafonniers | Les brasseurs d'air plafonniers ne sont pas éligibles |
L'exclusion des entrepôts s'inscrit dans un mouvement plus large. Un projet d'arrêté soumis à consultation en octobre 2026 propose d'étendre cette exclusion à d'autres fiches tertiaires, comme nous l'expliquons dans notre article sur les entrepôts exclus de fiches CEE.
Une exclusion se juge sur l'usage réel du local, pas sur son intitulé. Un bâtiment qui mêle production et stockage demande une analyse local par local. La zone de production chauffée peut rester éligible, alors que la réserve attenante ne l'est pas. Le plan du site et la description des usages doivent donc être clairs dès l'étude.
Les exigences techniques des deux fiches
Les fiches distinguent deux technologies.
Dans une déstratification par écoulement d'air vertical, l'air est aspiré en partie haute, dans le cinquième supérieur de la hauteur du local. Il est renvoyé vers le sol.
Dans une déstratification par écoulement d'air horizontal, les couches d'air sont aspirées sur toute la hauteur du local, puis mélangées. Le flux circule horizontalement entre un diffuseur et un collecteur.
Plusieurs exigences sont communes aux deux technologies et aux deux fiches. La vitesse de l'air ne doit pas dépasser 0,2 m/s à un mètre du sol, pour préserver le confort des occupants. Le système est asservi à au moins une mesure de température de l'air prise en partie haute. La pose est réalisée par un professionnel couvert par une assurance décennale pour les travaux d'électricité.
Une différence sépare les deux fiches. BAT-TH-142 impose un niveau de bruit du seul système strictement inférieur à 45 dB(A). IND-BA-110 ne reprend pas ce critère acoustique.
La note de dimensionnement, pièce maîtresse du dossier
Les deux fiches exigent que les besoins en déstratification soient déterminés par une note de dimensionnement et un calepinage. Le calepinage est le plan qui montre la disposition précise des équipements dans le local.
Cette note est établie par un professionnel ou un bureau d'études qualifié OPQIBI 1327, OPQIBI 1905 pour le tertiaire ou OPQIBI 1717 pour l'industrie, ou réalisant ses études selon les référentiels d'audit énergétique cités par la fiche. Elle est datée et signée par son auteur et par le bénéficiaire, qui valide ainsi les hypothèses retenues.
La fiche en fait le document justificatif spécifique de l'opération. Le nombre d'équipements installés doit être cohérent avec ses préconisations. Une note imprécise ou un écart entre la note et le chantier fragilise donc tout le dossier.
C'est là que l'expertise d'un bureau d'études indépendant fait la différence. Le dimensionnement doit tenir compte du volume, du mode de chauffage, de la ventilation existante et de l'usage du local. Un équipement mal positionné peut créer des courants d'air sans gain réel pour les occupants.
Comment se calcule le montant de certificats
Le montant de CEE porte sur l'ensemble du local clos et chauffé concerné par la déstratification. Il est égal à un forfait en kWh cumac par kW, multiplié par la puissance nominale du système de chauffage du local.
Le forfait dépend de la zone climatique et de la nature du chauffage :
| Zone climatique | BAT-TH-142, convectif | BAT-TH-142, radiatif | IND-BA-110, convectif | IND-BA-110, radiatif |
|---|---|---|---|---|
| H1 | 3 900 | 1 400 | 7 200 | 2 500 |
| H2 | 4 500 | 1 600 | 8 000 | 2 800 |
| H3 | 4 600 | 1 600 | 8 500 | 3 000 |
Les forfaits sont exprimés en kWh cumac par kW de puissance de chauffage.
Trois règles complètent le calcul. La puissance retenue est la somme des puissances nominales des équipements qui chauffent le local. Si une chaudière chauffe plusieurs locaux, sa puissance est répartie au prorata des volumes chauffés. Lorsqu'un local combine chauffage convectif et radiatif, les montants des deux natures se cumulent.
Les forfaits montrent que la déstratification rapporte davantage avec un chauffage convectif, qui chauffe l'air, qu'avec un chauffage radiatif. Ils sont aussi plus élevés en industrie qu'en tertiaire.
Ce que ça change pour vous
Pour un industriel
Un atelier haut, clos et chauffé par aérothermes ou par une centrale de traitement d'air est souvent le cas le plus favorable. La fiche IND-BA-110 offre les forfaits les plus élevés. La vérification porte d'abord sur la frontière entre zones de production et zones de stockage.
Pour un gestionnaire de bâtiment tertiaire
Un gymnase, une surface commerciale ou un hall de grande hauteur peut relever de BAT-TH-142. Le critère acoustique de 45 dB(A) compte ici, car le local est occupé par du public ou des salariés.
Pour un installateur
Le chantier doit suivre la note de dimensionnement. La preuve de réalisation doit mentionner les éléments exigés par la fiche, dont l'orientation du flux, la vitesse d'air à un mètre du sol et la puissance du chauffage du local.
Pour un obligé ou un délégataire
La fiche fait de la note de dimensionnement le document justificatif spécifique de l'opération. Sa cohérence avec le chantier et avec l'usage réel du local conditionne la solidité du dossier.
Ce que nous recommandons
Avant tout devis, vérifiez trois points : la hauteur réelle du local, son usage et son mode de chauffage. Ils décident à eux seuls de l'éligibilité.
La déstratification s'inscrit souvent dans une réflexion plus large sur le chauffage d'un site. Notre guide sur le dimensionnement des pompes à chaleur collectives présente la même exigence de rigueur appliquée à la production de chaleur. Notre guide des certificats d'économies d'énergie rappelle le fonctionnement général du dispositif.
Le bureau d'études d'IHD réalise des notes de dimensionnement et des calepinages de déstratification indépendants, pour le tertiaire et l'industrie, jusqu'à la valorisation des certificats. Découvrez notre offre d'audit et d'ingénierie énergétique, ou contactez-nous pour étudier votre bâtiment.




